Les missions jésuites d’Argentine et du Paraguay

Dans la province de Misiones au nord-est de l’Argentine, il n’y a pas que les chutes d’Iguazu à visiter. Il y a aussi les ruines des missions jésuites, ces « villages » créés par les catholiques européens au XVIème siècle pour « évangéliser » et « civiliser » les bons sauvages du coin. Il reste beaucoup de vestiges en Argentine mais également au Paraguay. Quel côté visiter ? Les deux ! Si les missions sont mieux conservées côté paraguayen, elles manquent foncièrement d’explications. A contrario côté argentin, seul San Ignacio peut se vanter d’un site intéressant, mais le musée y est très bien fait et permet de mieux comprendre l’histoire de cette expérience sociale inédite pour l’époque.

Le meilleur endroit pour rayonner dans le coin est San Ignacio en Argentine, et ça tombe bien car il y a une super mission jésuite à y visiter. Pour passer au Paraguay sur une journée, aucun problème ! Il suffit juste d’avoir son passeport français sur soi, qui permet d’accéder chez les voisins sans visa !

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L’entrée du village de San Ignacio au petit matin

Un peu d’histoire

Les jésuites, qui dépendent de l’ordre religieux catholique, débarquent en 1549 dans l’actuel Brésil pour évangéliser et « civiliser » les « sauvages » qui vivent ici. Ils obtiennent du roi d’Espagne, Philippe III, l’abolition de l’esclavage des guaranis (indigènes locaux) et l’autorisation de fonder un Etat autonome dans la région des cours moyens et supérieurs des fleuves Paraná et Paraguay. La première mission est fondée en 1609 à San Ignacio Iguazu (actuellement au Brésil). De 1620 à 1630, le nombre de missions va croitre. Les Jésuites arrivent à se faire accepter des guaranis grâce à leurs savoirs en médecine, la musique, leur respect de la culture indienne, l’apprentissage de la langue guarani et la protection qu’ils offrent aux indiens contre les colons.

Mais à partir de 1632 des marchands d’esclaves portugais (les bandeirantes) débarquent pour s’approprier de nouvelles « sources de revenus », détruisant de nombreuses missions, tuant environ 300 000 personnes et en en asservissant 100 000 autres. Les populations fuient le Brésil pour l’Argentine et le Paraguay où ils reconstruisent. Poursuivis encore par ces bandeirantes et armés par les jésuites, les indiens guaranis décident de faire front. Ils tendent une embuscade et repoussent définitivement leur ennemis en 1641 lors de la bataille du rio Mboreré. Libérés de cette menace, le développement de nouvelles missions reprend de plus belle. Chaque mission est en fait un véritable village toujours construit sur le même plan : une place principale autour de laquelle se concentrent les habitations et l’église. À côté de l’église se trouve systématiquement l’école, le cimetière et les ateliers. Chaque journée est rythmée par un programme bien précis où chacun contribue à la vie collective. Elle s’articule bien sûr autour de nombreux temps de prière. Bref une preuve que le « communisme » peut fonctionner.

Comme souvent en politique, le vent tourne. Un nouveau roi arrive au pouvoir en Espagne et ne tolère pas cet Etat dans l’Etat d’autant plus que, comme les missions produisent et sont prospères, elles s’enrichissent ! Il y a donc de l’argent à récupérer ! Les indiens reçoivent l’ordre d’évacuer les missions, ce qu’ils refusent. Ils se rebellent, l’armée est déployée et les indiens se font massacrés en 1756. Les jésuites sont expulsés par décret royal avant d’être dissous en 1773 par le pape, laissant les missions à l’état d’abandon.

Les missions jésuites en Argentine

Il y en a beaucoup, mais il n’en reste malheureusement plus grand-chose. La nature a repris ses droits sur de nombreuses ruines perdues dans la forêt. Nous en avons visité deux classées au patrimoine mondiale de l’Unesco.

San Ignacio Mini

Prix : 230$Ars

Indiscutablement la plus belle d’Argentine. Située dans le village moderne de San Ignacio, ces ruines sont bien conservées. La visite débute par le musée qui rassemble quelques œuvres de l’époque et surtout d’excellentes explications sur l’histoire, l’architecture et le fonctionnement des missions. Ce village, fondé en 1696, abrita jusqu’à 4500 habitants. C’est ici que furent imprimés les premiers livres du territoire argentin.

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La prise n° 74 fut la bonne! Devant l’entrée de l’ancienne église

Le spectacle son et lumière (230$Ars) est lui, plutôt décevant. La qualité du son est médiocre et les hologrammes projetés sur filet d’eau sont d’une piètre qualité.

Santa Ana

Prix : inclus dans le billet de San Ignacio.

Pour y aller : prendre un micro-bus à la station de San Ignacio et lui demander de vous déposer à « reducción » santa Ana. Il vous restera 800 m à pied depuis la route principale, sur le chemin qui passe à côté de la fabrique de Yerba Mate. Pour le retour, prendre le premier bus en direction du nord.

Santa Ana
Ruines de Santa Ana

Cette mission, pourtant classée à l’Unesco est en ruine et n’est pas entretenue. Aucune explication sur place. L’herbe n’est pas coupée. Le seul avantage c’est qu’on a le site pour soi. Rare sont les touriste qui s’y aventurent et on comprend pourquoi ! Vu la mission de San Ignacio ou celles du Paraguay, il y a bien mieux à proximité !

Les missions jésuites du Paraguay

De manière générale, on les a trouvées bien mieux conservées que leur consœurs argentines.  En revanche il n’y a aucune explication sur place. Mieux vaut donc avoir visité San Ignacio en premier et ne pas hésiter à prendre un guide.

Comment se rendre aux missions jésuites du Paraguay ?

On peut y aller par ses propres moyens mais le trajet est long et on ne réalise pas beaucoup d’économies. Nous avons donc suivi les conseils du routard et avons pris une excursion avec l’agence Tierra colorada turismo à 2000$Ars par personne, transports, entrées, guides et déjeuner inclus.

Le chauffeur est venu nous chercher à 8h30 à notre auberge. Nous avons fait route vers le fleuve Paraná où un petit bac rustique nous a permis de passer cette frontière naturelle. Il est assez amusant de voir la façon dont la plateforme, sur laquelle sont les véhicules, tourne autour de la partie passager pour permettre au capitaine de mettre son navire dans le bon sens.

Jesús de Tavarangue

La dernière mission à avoir été construite dans la région avant l’expulsion des jésuites. Conséquence de quoi, elle n’a jamais été achevée. L’église, longue de 70m et large de 24, est la (seule) partie qui est conservée. Elle a été très bien restaurée. Le site est assez petit et se visite très rapidement.

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Célia, j’ai fait au mieux :p

Trinidad

La mission la mieux conservée de toutes. À ne pas louper ! Fondée en 1712 elle n’a abrité que 2700 habitants malgré sa grande taille. Les habitations en arcades qui encerclent la grande plaza principale sont en bon état. La cathédrale, aux proportions gigantesques, cache encore quelques décorations d’anges musiciens. Construite par un architecte allemand, elle devait être la plus haute cathédrale jésuite… Sauf que ce dernier a sous-estimé les efforts engendrés par le poids du toit et que ce dernier s’est rapidement effondré… On en reparle de la Deutsche Qualität ? Plus loin l’ancienne église et le campanile, vestiges des premiers temps de la mission.

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La nef de l’église de Trinidad

Outre les missions jésuites, on a pas trouvé de grandes différences entre le Paraguay est l’Argentine de l’un et l’autre côté de la frontière. Au Paraguay aussi, la yerba mate est plus qu’une religion ! Petite curiosité cependant : sur la route vers les missions, on a traversé un village qui s’appelait Hohenau, nom germanique et où l’architecture de certains édifices imitaient des maisons à colombage.

Après s’être renseignés, on a appris que ce village a été fondé par des colons allemands en 1900 et a vu par la suite beaucoup d’autres s’installer ici. Joseph Mengele, le « boucher d’Auschwitz » a vécu un certain temps ici. D’autres villages de ce genre existent au Paraguay comme « Nueva Germania » dont le but était de créer une colonie d’exil pour la race aryenne en Amérique du Sud… mais les allemands n’étaient pas habitués aux conditions climatiques et le métissage avec les guaranis (le peuple local) est vite arrivé…


Infos utiles

Où dormir, Où manger à San Ignacio ?

Montes Hostería & bar café : Hotel très propre, à dix minutes des ruines de San Ignacio. Tarifs raisonnables où les chambres comprennent un lit double et deux lits superposés (pour nos enfants Ségo et Célia) avec climatisation et piscine !

Le lieu fait également restaurant. Petit déjeuner excellent, repas copieux et bons. Les proprios sont aux petits soins. Ne manque pas leurs licuados de banana, à tomber, encore meilleurs au bord de la piscine !! On a adoré.

Prochaine étape : les chutes d’Iguazu


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