Passer la frontière terrestre Laos-Cambodge sans lâcher un penny : mission granted !

Notre séjour au Laos se termine. Il est temps de poursuivre notre route et de passer au Cambodge. Oui mais la frontière terrestre entre ces deux pays est réputée être l’une des plus corrompue du monde. Il suffit de se renseigner sur internet pour constater le nombre d’histoires et d’arnaques… Ceux qui ont réussi à passer entre les mailles sont en général des gens qui avaient le temps. Ce qui n’est pas notre cas. Nous avons pris un trajet en bus Don Det – Phnom Penh. Le chauffeur nous attendra donc de l’autre côté de la frontière. Pour des raisons pratiques, nous avons décidé d’opter pour des e-visas sur internet. La réponse est garantie en trois jours ouvrés… on l’aura en 10h. C’est certes 6$ de plus que le visa classique mais tu découvriras dans les lignes ci-dessous pourquoi c’était bien utile !

Petit stress du matin…

La journée ne commence déjà pas sous les meilleurs hospices. Le matin même du départ Flavien se réveille avant la sonnerie, je le sens agité. Je lui demande ce qu’il a… « Il n’y a plus de courant depuis 30 minutes. -Et alors ? -Bin on a plus assez de liquidités pour payer l’hôtel ce qui n’est pas grave, on peut payer par carte… mais pour ça il faut de l’électricité ! » Et il n’y a bien sûr aucun distributeur sur l’île. La réceptionniste l’envoie donc dans un autre hôtel qui dispose d’un terminal de paiement CB souvent chargé, mais il lui faut le passeport resté à l’hôtel… Grrr ! Heureusement le courant revient et il me rejoint au petit déjeuner. Il ne nous reste que 5000 kips (0,50 €) pour acheter une bouteille d’eau si besoin.

De Don Det à la frontière : 2h pour 17 km

Ceci étant réglé, nous sommes à l’heure pour prendre notre bateau à 8h. Lui a un peu de retard. Nous arrivons à la station de bus sur le « continent ». On nous demande d’attendre 1h alors que le mini-van est déjà là et que tous les passagers sont au complet. Cherche l’erreur ! Flavien doute d’arriver à la frontière avec un pneu presque à plat. Mais nous voilà enfin partis ! Sauf qu’au bout de 200 m, on s’arrête déjà. Pour faire quoi ? La pression ! C’est bien, mais au lieu rester une heure à rien faire tu pouvais pas faire la pression avant ? On repart. 200 m plus loin le chauffeur s’arrête encore… ben oui, sans essence, ça va pas le faire hein ! Sérieusement ? On ne comprendra jamais ce manque d’organisation !

Première étape à la frontière : le tampon de sortie du Laos

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Crédit photo : interlude-treize.com

Après seulement 30 minutes de route (mais déjà 2h après notre départ de Don Det), on atteint la frontière. À peine descendus du bus, le chauffeur nous mène à la table d’un homme, placé face aux douanes, qui nous demande nos billets de bus. Comme on doit changer de bus à la frontière, rien de surprenant. Sauf que cet homme ne fait pas partie de la compagnie de bus. Il est là pour faire les demande de visa à ta place, moyennant une commission bien entendu. Il nous demande 40$ pour le visa. Désolé mon grand, on a notre e-Visa ! On ne l’intéresse plus, c’est à peine s’il jette notre billets de bus. Je le récupère in extremis et nous dirigeons vers les douanes. Les choses sérieuses commencent !

Flavien a bien réfléchi au scénario. Bon, on avoue que l’idée d’un sud-africain de mettre les billets dans son caleçon et de bien les frotter avant de les leur donner nous a tenté une fraction de seconde… mais bon pas sûrs qu’on aurait eu les tampons ! On y va donc détendus. On part du principe que de toute façon, on n’y échappera pas. Mais en bons français, pas question de ne pas tenter de ziber… surtout qu’il y a bien quelque-chose qui nous énerve plus que tout, c’est la corruption (et être pris pour des jambons) ! Confronter un asiatique et hausser le ton n’est jamais une solution (je l’ai appris en Thailande à mes dépens). Ils se braquent et on obtient jamais rien de quelqu’un de braqué ! C’est qu’ils savent être têtus et rancuniers ! Au contraire, il faut la jouer à l’asiatique avec patience et sourire (pas vraiment mon fort). Je laisse donc la main à Flav. Comme on pardonne plus facilement la stupidité que l’arrogance, Flavien décide d’opter pour cette option (d’habitude, c’est moi qui joue la blonde stupide, ça nous a déjà aidé bien des fois)… je reste malgré tout sceptique devant ses talents d’acteur !

Flavien donne nos passeports aux douaniers, ce dernier les regarde, les passe à son collègue et nous demande 2$ chacun. Flavien, en bon français avec un anglais limité, fait mine de ne pas comprendre : « Sorry ? »

Le douanier nous redemande 2$ chacun. Flavien prend son air le plus surpris et s’excuse auprès de lui. « Nous n’avons pas de dollars, l’ambassade nous a dit que c’était gratuit ! » Le douanier nous explique que l’ambassade a tort (ben voyons) et qu’il faut payer 2$ chacun pour tamponner les passeports… Il nous dit : « c’est 2$ ou 20 000 Kips ». Ah ! vous acceptez les Kips ! Ne bougez pas. De bonne foi, Flavien sort son portefeuille, le renverse sur le bureau pour en sortir les pauvres 5000 kips qu’il nous reste (les dollars étant cachés ailleurs). Il les tend au douanier avec son air bête mais honnête en disant qu’il est désolé mais que c’est tout ce qu’il nous reste. Le douanier compte et nous les rend. « Bon je vais vous le faire gratuitement si vous vous mettez sur le côté et que vous ne le dites pas aux autres. Vous passerez en dernier ». Flavien s’excuse encore une fois et le remercie.

Nous nous mettons sur le côté. Tout le monde passe, certains payent plein pot, d’autres négocient moitié prix. Ils partent quasiment tous sauf un couple avec qui on a sympathisé. Pour avoir lu plusieurs blogs, on s’attend à se retrouver isolés et qu’ils essayent de nous mettre la pression pour qu’on paye. C’est souvent à ce moment que le chauffeur, de mèche, menace de déposer nos valises et de continuer sans nous. Je suis un peu inquiète. Je demande à Flav ce qu’on fait. Mais il me demande d’être patiente. On retourne voir le douanier, qui nous demande nos passeports, on l’informe qu’il les a déjà. Il tente une seconde négociation à 1$ chacun. Flavien lui explique impassible qu’on lui a déjà dit qu’on en avait aucun et qu’on ne peut pas lui donner ce que l’on a pas. En revanche les 5000 kips (qui ne serviront plus à rien) on veut bien les lui laisser volontiers (quelle générosité). Il secoue la tête et n’en veut pas. Il nous fait les passeports et nous sermone encore une fois, nous dit qu’il pourrait nous empêcher de passer, que dans beaucoup de pays il faut payer. On lui réexplique encore une fois qu’on est désolés et que la « mauvaise » information nous a été fournie par l’ambassade qui, selon lui, ne connait rien aux règles du pays. « La prochaine fois demandez-moi c’est mon métier » (Mais bien sûr, pourquoi on y a pas pensé avant ?). Il nous rend nos passeports. On vérifie, tout est bon ! On le remercie encore pour…(avoir daigné faire le boulot pour lequel il est payé)…. Pardon… pour sa « grande bonté ». On s’éloigne, on essaye ni de rire ni de faire de grimaces… il faut garder les apparences. Nos amis se disent qu’ils auraient dû tenter ! J’en reviens pas, première étape passée. Reste les douanes cambodgiennes.

Flavien/Steph 1 – 0 douaniers laotiens corrompus

2ème étape à la frontière : le tampon d’entrée du Cambodge

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Crédit photo : paricilemonde.com

On arrive dans le bâtiment après les autres. Je demande à Flav ce qu’on fait. Quelle question ? La même pardi ! Et le voilà reparti :

–          2$

–          Pardon ?

–          2 $

–          Je suis désolé, je ne savais pas, je n’ai pas de dollars

–          On accepte les kips, les dongs

–          Super

Et le voilà qui tend nos pauvres 5000 kips. On doit avoir l’air de miséreux, il nous les rend, tamponne son passeport et le voilà reparti. Le douanier ayant vu qu’on était en couple il ne me demande rien. Nos amis qui passent après nous, bénéficient de notre négociation, on ne leur demande rien non plus.

Flav/Steph 2 – 0 douaniers cambodgiens corrompus

Après une dernière vérification, nous voilà arrivés au Cambodge. Aucune visite médicale à passer (de toute façon ils auraient pu essayer… on avait nos carnets de vaccination internationaux) et un passage en douceur sans donner un sou pour la corruption. Hallelujah !! On est pas peu fiers de nous. Bon, la vérité, c’est qu’on a dû avoir beaucoup de chance. On est tombé sur des douaniers pas trop têtus. Certainement parce que beaucoup de gens du bus avaient pris les services de l’homme au visa (sur lequel ils touchent une commission) et que de nombreux autres touristes ont payé. Ceci dit rester discret et respectueux te donnera sans doute plus de chance. Ça a d’ailleurs fonctionné pour une routarde qui nous suivait quelques jours plus tard et sans e-visa la concernant !

Frontière cambodgienne – Phnom Penh : une journée en enfer

Maintenant ce fameux passage de frontière derrière nous, on pense que le plus dur est passé ! Et bien non ! On devait changer de bus et le garder jusqu’à Phnom Penh, la capitale… mais tu es en Asie. On apprend donc qu’on a une heure d’attente avant que notre bus ne parte. Pire, le trajet « direct » ne l’est que jusqu’à la prochaine ville. Nous avons 2 changements en vue. Ça sent mauvais cette histoire !

Le premier van est relativement bien entretenu. Il n‘y a qu’une quarantaine de minutes de trajet, tout se passe bien. Mais en arrivant, on a encore une heure d’attente. La blague ! On a vraiment l’impression d’être pris pour des idiots. Il est midi, j’ai faim. Je commande une baguette et des œufs aux plats avec les quelques dollars qui nous restent. La voisine de Flav, qui a commandé un bon plat de pâtes doit partir précipitamment car son bus est là… Elle ne prend que deux bouchées de son plat qui vient de lui être servi et le laisse… Flavien ayant horreur du gaspillage… tu connais la suite ! Nous sommes ensuite amené à notre bus… la grosse blague ! C’est un van déglingué, la clim ne fonctionne pas et on est entassé comme des grosses merdasses. Question relation/satisfaction client on repassera ! Je les maudis, mais ce n’est que le début du calvaire. Le mini-van s’arrête littéralement tous les 5 km pour prendre des colis, déposer des passagers, en prendre d’autres, prendre du courrier, livrer colis et courrier… La pression monte. Il s’arrête prendre un nouveau colis et pas n’importe lequel. Une moto est attachée avec quelques bouts de ficelles à l’arrière du van. Je commence à saturer mais c’est leur façon de faire ici. Le « van » sert de tout, poste, UBS… et surtout attrape-touriste !

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Notre « carrosse » et l’un de ses chargements !
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Chargés comme des bœufs !

On arrive enfin à notre deuxième changement qui se fait rapidement. On part 5 minutes à peine après notre arrivée… pour faire 200 m. Le chauffeur descend, fait ses affaires avec d’autres, prend des billets, les compte… J’en peux plus. Un australien aussi. « GO, GO, GO » lui dit-il. Tout le monde sature. Il refait 200 m récupère des touristes et prend enfin la route. C’est qu’il reste encore 5h de route et il est déjà 17h. On arrivera jamais à 20h comme on nous l’avait annoncé !

Ce chauffeur roule bien mais arrivé à 80 km de l’arrivée, le voilà qui ralentit au niveau d’une gargotte (où il devait toucher une commission). Ben oui, pas grave si on est en retard c’est l’heure de manger. Tout le monde en a sa dose, on veut juste arriver. Personne ne descend, le temps d’une cigarette et il comprend enfin le message, nous voilà repartis ! OUF !

Au final, nous arrivons à 22h30, bien après ce qui était convenu mais ça… on aurait dû s’y attendre, une fois de plus. On commence à se dire qu’on ne va rien trouver d’ouvert pour manger une fois les valises déposées. Heureusement, c’est Phnom Penh, il y a du tourisme et la vie nocturne existe contrairement au reste du pays. Une bonne pizza et au lit !


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